Tesla, l'ambition à un prix
Le géant de l'automobile électrique, dirigé par l'infatigable Elon Musk, traverse une période de turbulences qui soulève des questions fondamentales sur sa valorisation et sa position dans l'industrie automobile mondiale.

Dans un premier trimestre marqué par une chute significative de ses livraisons, Tesla se trouve à un moment charnière de son histoire.
Le géant de l'automobile électrique, dirigé par l'infatigable Elon Musk, traverse une période de turbulences qui soulève des questions fondamentales sur sa valorisation et sa position dans l'industrie automobile mondiale.
L'occasion pour nous de revenir sur cette entreprise, très plébiscité par les investisseurs particuliers, dans votre allongé du jour.

🔢 Des chiffres qui sonnent l'alarme
Les dernières données sont sans appel : Tesla a livré 336 681 véhicules au premier trimestre 2025, soit une baisse de 13% par rapport à la même période l'année précédente. Un recul qui marque son pire trimestre depuis 2022 et qui se situe bien en deçà des attentes des analystes qui tablaient sur environ 390 000 livraisons.
Cette contre-performance permet au constructeur chinois BYD de reprendre sa couronne de leader mondial des véhicules électriques avec 416 388 unités écoulées sur la même période. Une situation qui a immédiatement affecté le cours de l'action Tesla, en baisse de plus de 31% depuis le début d'année.

📉 Les facteurs d'une baisse préoccupante
Plusieurs éléments expliquent cette contre-performance :
👉 Transition industrielle complexe : La refonte du Model Y, best-seller de la marque, a entraîné "plusieurs semaines de production perdues" selon les propres mots de l'entreprise.
👉 Backlash européen : Les prises de position politiques d'Elon Musk ont détérioré l'image de marque de Tesla en Europe, avec des chutes drastiques des ventes dans plusieurs pays.
👉 Compétition intensifiée : En Chine, BYD consolide sa position dominante tandis que les constructeurs traditionnels comme BMW et Volkswagen renforcent leur offre électrique.
👉 Gamme vieillissante : Malgré le récent lancement du nouveau Model Y en Chine (février) et en Europe (mars), le renouvellement des produits Tesla reste insuffisant face à une concurrence de plus en plus innovante.
🤔 Le grand écart de valorisation
La situation boursière de Tesla illustre parfaitement sa nature volatile. Après avoir doublé sa valeur dans les semaines suivant l'élection de Donald Trump, l'action a perdu près de 50% depuis son pic de mi-décembre, effaçant environ 650 milliards de dollars de capitalisation boursière – l'équivalent de la valeur cumulée de tous les autres constructeurs automobiles cotés.
Pourtant, cette volatilité n'est pas nouvelle : depuis 2018, c'est la huitième phase de baisse de 40% ou plus pour le titre Tesla. Ce parcours en montagnes russes reflète la nature même de l'entreprise : une valorisation stratosphérique basée non pas sur ses performances actuelles mais sur les promesses futuristes de son charismatique patron.
📡 Le pari sur l'avenir
Si le présent est difficile, Elon Musk mise tout sur un futur qu'il décrit comme "ridiculement bon" à partir de 2026-2027. Lors de la dernière présentation des résultats en janvier, il a martelé que 2025 serait "l'année la plus importante de l'histoire de Tesla" avec plusieurs annonces majeures :
👉 FSD non supervisé : Lancement prévu en juin à Austin d'un service de voitures autonomes sans supervision humaine, avec une extension rapide à d'autres villes américaines.
👉 Optimus : Production de "plusieurs milliers" de robots humanoides cette année, avec une ambition d'atteindre les 100 millions d'unités annuelles à terme.
👉 Nouveaux véhicules : Introduction de modèles plus abordables dans la première moitié de 2025.
👉 Cybercab : Le robotaxi dévoilé en octobre dernier devrait entrer en production en 2026.
📊 L'équation financière
Le succès de Tesla repose sur un paradoxe : une valorisation colossale qui lui a donné les moyens de construire un véritable empire industriel. La réussite de Tesla réussite repose en partie le narratif. Tout cela a fonctionné parce que les investisseurs ont acheté l'histoire vendue par Elon Musk.
La question est maintenant de savoir si cette confiance peut être maintenue malgré les difficultés actuelles. Tesla fait face à une stagnation de son chiffre d'affaires depuis huit trimestres consécutifs, malgré une augmentation significative des volumes de ventes – conséquence directe des baisses de prix consenties pour rester compétitif.

Perspective : la croisée des chemins
Pour les investisseurs, Tesla reste une entreprise à part qui ne se valorise pas comme un simple constructeur automobile. Son avenir repose désormais sur sa capacité à concrétiser ses ambitions dans l'intelligence artificielle, la conduite autonome et la robotique – des domaines où Elon Musk affirme posséder "une avance considérable".
Entre déceptions à court terme et promesses futuristes, Tesla demeure l'un des paris les plus clivants du marché financier. La question n'est pas tant de savoir si l'entreprise survivra à cette mauvaise passe, mais plutôt si sa valorisation actuelle – toujours supérieure à celle de tous ses concurrents réunis – peut se justifier par des innovations qui restent largement à commercialiser.
